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La jungle, ça fait rêver. On pense à Tarzan et Jane tout sexy avec leurs jolies peaux de bêtes, au petit Mowgli ébouriffé qui fait mu-muse avec les loups. On pense aventures, animaux sauvages et nature luxuriante. La vérité, quand on fait une randonnée dans une forêt primaire* du Brésil, c’est qu’on part pour une aventure à la limite du masochisme. Ça a tout pour être une expérience atroce, mais finalement on adore ça !

 

La jungle, ça fait peur

D’abord, il y a ces « protections anti-serpent », de banales bandes de mousse plus ou moins dense  dont il faut entourer ses tibias pour éviter les morsures des bêtes rampantes. Notre hôte de la jungle, Luis**, nous avait expliqué que ça n’arrivait « presque jamais ». Bon. Tout est dans le presque, n’est-ce pas. Du coup on serre bien. Les meilleures bandes, les plus larges et les plus épaisses, sont réservées aux personnes que le venin peut terrasser le plus rapidement, c’est-à-dire les enfants et les seniors. Marc et moi avons les bandes les plus légères. Bon. On va serrer encore un peu plus, tiens.

Ensuite il y a la végétation, feuillue, touffue, et si haute. Ces arbres et ces lianes immenses qui vont du sol au ciel, et qui peuvent recouvrir et avaler tout élément extérieur qui tomberaient entre leurs mains. On est en plein jour mais les arbres nous cachent le soleil. Il fait une chaleur lourde, et nous évoluons, d’après Luis, à un taux de 90% d’humidité. Tout ça donne une sensation oppressante, celle d’être à mille lieues de son environnement naturel. Il ne s’agirait pas de perdre Luis!

Et puis, il y a les traces. On a mis un moment avant d’en trouver – évidemment, « on » n’a rien trouvé, sans Luis on n’aurait jamais remarqué ces marques rondes dans la bouillasse – mais elles étaient apparemment bien fraîches. Des traces de puma, oui oui. Genre le puma qui a tué une des chiennes de Luis il y quelques années? Sa préférée, la plus courageuse, celle qui était revenue de la jungle pleine de plaies dignes des griffes de Wolverine et qui était retournée le lendemain dans la jungle pour ne plus jamais en ressortir? Oui oui, un puma dans ce genre. Bien bien bien.

 

La jungle, ça fait mal

On est très clairement dans un environnement hostile pour l’homme. On l’avait déjà dit pour le bush australien, mais dans le classement des endroits les moins accueillants sur Terre pour des humains à la peau frêle, la jungle est sur le podium. Derrière la banquise, peut-être, mais c’est une autre histoire. Bref, pour avancer dans la jungle il faut batailler. Se frayer un chemin avec son bâton à travers la végétation, prendre des branches dans la figure, s’empêtrer dans des racines, glisser en traversant une rivière. Il faut transpirer, tomber, se relever, dans une atmosphère moite et la pénombre de la canopée.

Et d’un seul coup, les démangeaisons. Elles arrivent subitement, et remontent des chevilles jusqu’au bas des cuisses, à toute allure. Elles brûlent presque. Elles, ce sont les « fourmis de feu » qu’on a dérangées en triturant leur palais fait de terre brune et molle et qui montent sous les pantalons, et qui se vengent. Et nous voilà tous à danser d’un pied sur l’autre, nous débarrassant des protections anti-serpents -la menace la plus urgente fait oublier les autres- et tapant à qui mieux-mieux sur des mollets électrisés. Les fourmis de feu, c’est un peu comme les petits poissons asiatiques qui nettoient les pieds dans les aquariums. Sauf que ça chatouille pas gentiment, ça pique méchamment.

Le seul intérêt des fourmis de feu, sur le moment, c’est qu’elles font oublier les vrais rois de la jungle – les énormes, les voraces, les pires ennemis de nos peaux d’Européens ; les moustiques-tigres. Ceux du Parana sont exceptionnels, de vrais mutants nullement rebutés par nos couches de crèmes solaires et lotions au diéthyl-méthylbenzamide – on a arrêté la citronnelle depuis longtemps. En pénétrant dans la jungle on comptait déjà nos piqûres par dizaines, en sortant on arrêtera carrément de calculer. Faut souffrir pour être Jane.

 

Mais la jungle, c’est fascinant

La forêt tropicale est à la fois le temple du silence, et remplie de bruits qui ne s’arrêtent jamais. Aucun bruit humain ou mécanique – seuls nos pas et les caquètements des enfants résonnent dans les feuillages, faisant fuir les singes – mais partout autour de nous des oiseaux crient, une cascade gargouille, des branches craquent. On ne voit pourtant que du vert, des tonnes de vert, de toutes les nuances ; le vert émeraude des fougères les plus lumineuses, le kaki des gros troncs des arbres anciens, le ton olive de la terre mélangée aux feuilles tombées. Et l’odeur de la forêt! Lourde, intense, brute. Les parfums de l’humus frais, des plantes toutes neuves et des fruits trop mûrs tombés par terre emplissent les narines. Luis nous explique ces drôles de champignons tout blancs, et ces racines écarlates très fragiles fabriquées par un arbre pour dégoûter les prédateurs gourmands. Tout à coup on tombe sur une énorme araignée, immobile sur sa toile au-dessus de nos têtes. Devant nous passe un papillon gigantesque aux ailes d’un bleu éclatant, suivi d’un adorable colibri vibrionnant, trop rapide pour la photo.  

Les bruits, les odeurs, les couleurs : cette forêt, elle fourmille de vie, elle EST la vie! N’importe quelle graine tombée dans cette terre humide a tout ce qu’il faut pour grandir et s’épanouir. On sent cette fureur de vivre partout autour de nous, elle nous submerge et on est ému de voir la nature si forte, chez elle. Dans la jungle on est immergés à 100%, on est entièrement présent, on ne pense à rien d’autre et ça fait tellement de bien!

Une randonnée dans la jungle, même une petite randonnée comme la nôtre, de quatre petites heures, pompe une énergie folle. Mais en même temps, la forêt donne une vigueur incroyable et remplit d’optimisme le moral le plus grognon. Tant de chlorophylle nous enivre, et on n’a peur de rien finalement, avec un maître de cérémonie comme Luis, dont il est clair qu’il pourrait assommer un puma d’un coup de main.

En sortant de la jungle de Morretes, on est moites, crottés, piqués. On est en même temps soulagés et déçus que ça soit déjà terminé. On est surtout heureux d’avoir -modestement- traversé la jungle, et laissé la jungle nous traverser. Luis nous donne rendez-vous une prochaine fois pour une immersion totale, de 3 jours et 2 nuits au coeur de la forêt. Il faudra revenir !

 

vive les guêtres !

*une forêt primaire, ou plus couramment une forêt vierge, est une forêt intacte (ou originelle) ou une forêt à haut degré de naturalité n’ayant jamais été détruite ni très exploitée, ni fragmentée ni directement ou manifestement influencée par l’homme (source : wikipédia)

**Pour en savoir plus Luis et ses cabanes dans la forêt près de Morretes, voir notre gazette

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Marion Mayette
avril 10, 2018 at 12:48 Répondre

Les survivors à la poursuite du diamant vert… waouh ! Jane, je suis d’accord avec ton podium et je suis carrément hyperimpressionnée. L’avantage c’est qu’on sait maintenant que t’es pas allergique aux poils de puma ! Bon je ne sais pas quand même si je serais cap de vous suivre pour le 3j/2nts… Lucas tu me protégeras ? Bises à tous les aventuriers

Madine
avril 10, 2018 at 22:26 Répondre

En te lisant, voilà que je me gratte presque les mollets, que je redoute de voir surgir un puma , que je glisse dans la rivière , que je transpire à fond…

Mention spéciale pour les champignons translucides , pour l’araignée si délicate, et pour la photo de la famille aventureuse .
Photo prise sans doute au départ, quand vous étiez encore tous frais et propres!!
Et bravo à Suzie qui suit ses frères et n’a peur de rien ! 🐍🐜🦎🕷🕸🐆🐾
Bisous à tous

Tatie Julie
avril 11, 2018 at 11:31 Répondre

Récit vibrant!!!!! J’ai senti ta forêt Caro!!!!! Génial!

Mamou
avril 11, 2018 at 17:42 Répondre

En lisant ces fabuleuses lignes j’ai recommencé à transpirer ,à faire attention aux méchantes lianes,à écouter le monde grouillant autour de nous et…à me gratter partout !! quel inoubliable moment partagé avec vous tous!!!

Noelle et Philippe D.
avril 20, 2018 at 14:23 Répondre

Extraordinaire votre approche de la jungle ! Vous aurez vraiment tout testé, juste de quoi avoir, à chaque fois, envie d’y revenir !…
Quels souvenirs d’exception pour vos trois têtes blondes !
Bravo LUCAS, aussi, pour ton abécédaire emprunt d’originalité !

Encore de belles aventures, à vivre sans modération !

NOEPHI

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