ENTREZ VOS MOTS CLES

Depuis que nous sommes arrivés en Afrique du Sud, nous avons entendu des histoires, toutes différentes, qui nous ont touchés chacune à leur niveau. Nous avions envie de vous les raconter ici.

 

Amy Biehl

Jeune étudiante américaine diplômée de Stanford, Amy Biehl vivait à CapeTown en 1993 alors qu’elle travaillait sur la condition des femmes en Afrique. Militante anti-apartheid, Amy consacrait beaucoup d’énergie à ces questions, et avait des amis au sein du township Guguletu. A cette époque, presque aucun Blanc ne se rendait dans ce township. Un soir, alors qu’Amy y raccompagnait en voiture certains de ses amis, un groupe de jeunes qui cherchaient à « casser du Blanc » l’ont agressée dans sa voiture, et l’ont assassinée. Deux d’entre eux ont rapidement été arrêtés.

Plusieurs années plus tard, les parents d’Amy Biehl, qui connaissaient les conditions terribles dans lesquelles vivaient les habitants du townships, ont officiellement accordé leur pardon aux assassins de leur fille. Lorsque ceux-ci ont été libérés, les Biehl leur ont même proposé d’être les représentants de la fondation Amy Biehl qu’ils avaient créée après la mort de leur fille. Cette fondation existe toujours et monte des projets pour développer la scolarisation des jeunes du township de Guguletu. Deux de ses ambassadeurs sont toujours les assassins d’Amy Biehl, et ils mettent toute leur énergie au service de l’ensemble de la communauté.

C’est Nelson, notre guide à travers les townships, qui nous a raconté cette histoire, devant une stèle à la mémoire d’Amy Biehl placée à l’endroit même où elle a été tuée. Cette histoire nous a émus. Elle nous a aussi fait réfléchir à ce pays, qui travaille beaucoup sur les questions du pardon et de la réconciliation – dont Nelson Mandela est toujours le symbole le plus reconnu. Maintenant nous savons qu’Amy, ses parents, et mêmes ses anciens tortionnaires font aussi partie des artisans de la paix en Afrique du Sud.

 

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The African choir

Ce groupe de chanteurs et chanteuses noires qui chantaient au Cap à la fin du XIXe avait été créé à l’origine pour lever des fonds au bénéfice d’une école. Mais The African Choir a eu un succès tel que le groupe a quitté l’Afrique du Sud pour une tournée internationale en 1891 dans l’Angleterre victorienne, et même jusqu’aux Etats-Unis. De superbes photos prises à Londres lors de cette tournée ont été redécouvertes… 125 ans après! Elles sont désormais exposées au sein de la galerie nationale du Cap.

L’installation artistique est très réussie, mêlant les photographies en noir et blanc et de très beaux enregistrements récents reprenant les chants de la chorale « African choir » d’origine. Cette vingtaine de clichés représente les premières personnes noires de peau qui ont été photographiées en Angleterre. Les modèles sont magnifiques et posent avec assurance ; on pourrait les prendre pour des mannequins devant un photographe de Vogue! Cinq membres de la chorale, dont Charlotte Maxeke, sont devenus, après cette tournée qui leur a permis de chanter devant la reine Victoria elle-même, de grands activistes pour les droits des minorités en Afrique du Sud.

 

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Lionel Davis

Né en 1036, Lionel Davis était un artiste et activiste reconnu dans les années 1960. Il est une des figures de l’histoire du quartier dit « District 6 », dans le centre de Cape Town. A la fin des années 60, ce quartier peuplé de familles noires et métisses a été évacué  puis complètement rasé pour permettre la création de maisons pour les Blancs fortunés. 60 000 personnes ont ainsi dû quitter les lieux, et ont vu leurs maisons écrasées par les bulldozers. Seuls les édifices religieux ont été conservés.

Lionel Davis habitait dans le District 6 et avait pris part à de nombreuses manifestations anti-apartheid. Lors de la destruction du District 6, il purgeait une peine prison de 7 ans à Robben Island. A sa sortie, il a travaillé pour favoriser l’éducation des prisonniers, et pour développer l’art dans les prisons. Nous avons découvert ses oeuvres à la National Gallery de Cape Town et nous avons été frappés par leur diversité – peintures, fusain, croquis – et par leur modernité. Un grand artiste avec une histoire très forte.

 

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Jessica The Hippo

L’histoire de Jessica est beaucoup plus légère, mais absolument incroyable : cette femelle hippopotame a été recueillie tout bébé par Tony et Shirley, un couple -humain donc- sans enfant, qui l’a adoptée il y a 17 ans. Elle était orpheline, probablement séparée de sa maman par une brusque montée de l’eau de sa rivière lors de la saison des pluies, comme cela arrive souvent.

Tony et Shirley considèrent Jessica comme leur enfant, et elle a une vie étonnante : elle passe ses journées dans la rivière en bas de la maison familiale, elle part régulièrement voir ses copains sauvages qui vivent quelques kilomètres plus loin, mais elle dort tous les soirs sur le palier de la maison, sous une grosse couverture avec laquelle ses « parents » la bordent! Ce n’est pas tout : Jessica mange des carottes fraîchement coupées et elle boit au biberon du rooibos ni trop chaud ni trop froid – et sucré s’il vous plaît. Quand nous l’avons rencontrée nous étions seuls tous les 5 avec son responsable, et nous avons pu passer beaucoup de temps avec elle – prudemment quand même, car pour rappel l’hippopotame est l’un des plus dangereux animaux au monde.

Jessica est une star internationale, elle a 1 million de fans sur sa page Facebook. Avant d’y aller, on avait peur de rencontrer un animal de foire, mais Jessica n’est vraiment pas en captivité. Ses parents font du business tout de même (on paie une entrée pour la rencontrer), et le storytelling est parfait (Tony est un ancien braconnier originaire de Zambie, qui s’est repenti depuis l’adoption de Jessica), mais on a vraiment l’impression que leur « relation » avec Jessica est sincère. Et l’avenir est assuré : Jessica n’a pas eu d’enfant, mais un bébé hippo orphelin a été adopté récemment. Richie prendra donc la suite… mais pour l’instant il n’aime pas le thé !

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