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Entrer chez quelqu’un c’est toujours découvrir un environnement très intime, parfois très différent de ce qu’on pouvait imaginer de l’extérieur. Pousser la porte de La Chascona, à Santiago du Chili, ou de La Sebastiana à Valparaiso, c’est pénétrer dans un univers incroyablement personnalisé, cosy et chaleureux tout en étant complètement baroque et foutraque. C’est normal, on est chez un poète… bienvenue chez Pablo Neruda !

Disons-le : nous avons complètement redécouvert Pablo Neruda pendant ce voyage au Chili. Ses poèmes, que nous avons lus chaque soir, qui célèbrent la vie, l’amour, la mer, le Chili. Son histoire, avec ses très nombreux voyages et ses engagements politiques. Et ses maisons, donc. De l’extérieur elles sont biscornues, tout en hauteur, avec des renfoncements un peu partout, et de la verdure. À l’intérieur les espaces ne sont pas immenses, mais ils sont tout en ouvertures, pour bien respirer, avec des fenêtres très larges, tournées vers le soleil. 

 

Vue sur le port de Valparaiso depuis le fauteuil de Neruda

Et il y a la mer, partout ; à Valparaiso elle est visible de chaque pièce, et la Sebastiana elle-même ressemble à l’avant d’un paquebot. Neruda disait lui-même qu’il était « un marin à terre », et il n’aimait rien tant que s’asseoir dans son gros fauteuil noir et regarder le port de Valpo. À Santiago il n’y a pas de port, pas de vue, mais dans la maison de Neruda  des hublots de bateau dans les couloirs, du matériel et des cartes de navigation dans les pièces, des tableaux de bateau accrochés au mur, des récits de navigateurs sur les étagères…

 

La Sebastiana

Ces maisons sont de vrais univers, au milieu d’un bazar très organisé, avec des couleurs et beaucoup de goût. Neruda adorait les objets et en rapportait de partout, et leur agencement parfois surprenant donne une ambiance très gaie, et pleine de blagues. De pièce en pièce, de couloir en escalier, on croise ainsi le petit cheval en bois d’un manège, parisien, deux portraits qui se répondent face-à-face « pour qu’ils ne s’ennuient pas », une salle de bain-blague réservée à ceux qui osent -la porte est transparente et les invités peuvent donc profiter de ce qui se passe aux toilettes-, un arbre au milieu d’un salon, une  table au pied en forme de buste de sirène, un passage secret dans un placard… et des bars ! Des bars extraordinaires, car Neruda adorait recevoir, boire du bon vin -toujours dans des verres de couleur- et faire la fête avec ses amis. Alors à La Chascona, il y a même un bar d’hiver, à l’intérieur, et un bar d’été, dehors, dans un petit jardin biscornu… le rêve !  

En parlant de rêve, on s’est dit que la maison de nos rêves à nous, elle ressemblerait bien à l’intérieur de celles de Pablo Neruda, avec plein de couleurs, d’ouvertures, de morceaux de voyages, et un bar. En attendant, on lit et relit son poème le plus connu, qui aurait pu servir de mantra pour notre tour du monde… et on voulait le partager avec vous :

 

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Il meurt lentement

celui qui ne voyage pas,
celui qui ne lit pas,
celui qui n’écoute pas de musique,
celui qui ne sait pas trouver
grâce à ses yeux.

Il meurt lentement
celui qui détruit son amour-propre,
celui qui ne se laisse jamais aider.

Il meurt lentement
celui qui devient esclave de l’habitude
refaisant tous les jours les mêmes chemins,
celui qui ne change jamais de repère,
Ne se risque jamais à changer la couleur
de ses vêtements
Ou qui ne parle jamais à un inconnu

Il meurt lentement
celui qui évite la passion
et son tourbillon d’émotions
celles qui redonnent la lumière dans les yeux
et réparent les coeurs blessés

Il meurt lentement
celui qui ne change pas de cap
lorsqu’il est malheureux
au travail ou en amour,
celui qui ne prend pas de risques
pour réaliser ses rêves,
celui qui, pas une seule fois dans sa vie,
n’a fui les conseils sensés.

Vis maintenant !

Risque-toi aujourd’hui !

Agis tout de suite!

Ne te laisse pas mourir lentement !

Ne te prive pas d’être heureux !
 

Pablo Neruda en mode street art, sur le mur du collège qui jouxte sa maison de Valparaiso
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Madine
mai 13, 2018 at 16:36 Répondre

Magnifique poème à lire et relire …et à vivre!
Merci.

Papito
mai 13, 2018 at 18:12 Répondre

Pablo Neruda, l’Aragon des hispanophones…
Chez tous les deux, il y a tant de splendide, de magnifique, la joie mais aussi un côté bien sombre.
Il faudrait interdire la politique aux poetes pour leur éviter les bêtises, les crimes…Gorki, Robert Brasillach, Mickail Cholokov, Jean-Paul Sartre et tant d’autres se sont fourvoyés..
Continuez de voir le soleil resplendissant des créations des poetes, des écrivains, des artistes…partout où vous les croisez. Et pardonnons leur leurs erreurs sans les effacer..

A bientôt de vous lire encore et encore et encore, Albert Londres, Maurice Leblanc, Fennimore Cooper et Marc Twain assemblés
Papito

odette tillous
mai 13, 2018 at 18:28 Répondre

Superbe Neruda et aussi superbes photos. Merci et bises à vous 5
Odette

Mayette
mai 14, 2018 at 11:07 Répondre

Vous êtes l’illustration et l’incarnation parfaite de ce poème magnifique, merci !

Mamou
mai 17, 2018 at 13:34 Répondre

Ah Néruda….pour moi il aura pour toujours les traits de Philippe Noiret dans le magnifique film Le Facteur . Merci pour ce beau poème sur la Vie.

Sandrine SL
mai 22, 2018 at 14:33 Répondre

Merci encore et toujours pour ces partages… C’est drôle pour moi aussi Pablo Neruda a les traits de Philippe Noiret dans il Postino, un film formidable !

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