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C’est à São Paulo, en voyant une grande manifestation pacifique, qu’on a appris le drame qui venait de se dérouler dans une favela de Rio. Souvent notre voyage s’est ainsi télescopé avec l’actualité du pays que nous traversions….

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On n’a pas de tout de suite compris de quoi il s’agissait, on a juste vu une foule immense réunie avenue Paulista, sous la célèbre station de métro Masp. On s’est demandé si c’était une manif de travailleurs mais il n’y avait aucun drapeau de syndicat. Les gens étaient calmes, mais ils avaient tous un air grave. II y avait des jeunes, des vieux, des blancs, des noirs, des métis. Des familles avec des bébés en poussette. Deux hommes enlacés qui tenaient un grand drapeau arc-en-ciel. De temps en temps tous se mettaient à crier à l’unisson un nom, celui qu’on avait vu sur une banderole : « Marielle, Presente! »

 

 

Là, par le plus grand des hasards, on a rencontré Daniel, chez qui on logeait. Il nous a expliqué : Marielle Franco était une militante des droits de l’homme, qui travaillait dans les favélas de Rio de Janeiro depuis des années et était entrée en politique. Elle se définissait elle-même comme « femme, noire, enfant des favelas ». Elle défendait les pauvres, les femmes, la cause noire, et les droits de la communauté LGBT. Marielle Franco venait d’être enterrée le jour même, à Rio. Elle avait été assassinée la veille dans sa voiture, à 38 ans. Dans tout le Brésil des rassemblements avaient lieu. Daniel n’imaginait était venu parce que c’était « évident qu’il fallait être là ». Il nous a expliqué que tout le monde voulait savoir ce qui s’était passé, que beaucoup pensaient que les militaires étaient responsables. Marielle Franco avait beaucoup critiqué le gouvernement qui avait envoyé l’armée dans les favelas de Rio il y a quelques mois. Elle était jeune, belle et pleine d’énergie. 

 

C’est fou comme le fait d’être présent dans un pays au moment où il se passe quelque chose d’important dans son actualité nous fait tout de suite mieux comprendre sa réalité. Après ce voyage c’est sûr, nous ne lirons plus jamais Courrier International de la même manière. A São Paulo, d’un coup, nous avons compris les problèmes gravissimes d’inégalités qu’en tant que voyageurs étrangers nous n’avions pas perçus concrètement. Au Cap, nous avions vu toutes ces pancartes demandant d’économiser l’eau, et nos amis français nous avaient parlé des restrictions d’eau qui menaçaient de changer leur quotidien – elles sont maintenant effectives. À Madagascar, en pleine épidémie de peste, nous avons compris les défis immenses que cette île doit affronter ; les conditions d’hygiène catastrophiques, la non-gestion des déchets, le peu d’implication du gouvernement qui semblait surtout attendre l’aide extérieure. À Bali, l’éruption du volcan Agung a marqué chaque jour de nos 6 semaines sur place. On a vu comment les médias internationaux peuvent s’emparer d’un sujet, le faire enfler pour faire de beaux gros titres bienvenus en période d’actu creuse, et à quel point le résultat est désastreux pour une île qui vit principalement du tourisme et qui voit les vacanciers la déserter. On a mieux mesuré aussi l’importance des éléments naturels dans ces endroits qui sont soumis aux caprices de la planète, et on a compris pourquoi Agung était considéré comme un demi-dieu à Bali. En Birmanie, on a été stupéfaits de découvrir un pays à ce point « Docteur Jekyll et Mr Hide », capable d’autant de sourires et de beauté tandis que les Rohyngias se faisaient massacrer dans un coin du pays.

Et maintenant, la veille de notre départ pour Rio, la mort de Marielle Franco. On ne sait pas quelles répercussions ce drame aura sur le pays, mais pour nous, les favelas brésiliennes auront désormais un visage.

Lire la gazette de nos premières semaines au Brésil

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Marion (la grande)
avril 10, 2018 at 12:34 Répondre

Au delà du voyage, des paysages, des animaux, de la gastronomie et des rencontres, voila toute la profondeur de votre voyage. Bravo de réussir à si bien le faire partager autour de vous, et de réussir à l’expliquer à vos enfants. Je vous tire mon chapeau et vous aime fort.

Madine
avril 10, 2018 at 23:37 Répondre

Oui, voyager, c’est aussi et surtout , être témoin et tenter de comprendre les réalités du pays concerne.
Encore plus, quand l’actualité est dramatique comme vous l’avez déjà vécue plusieurs fois…

Sandrine SL
avril 11, 2018 at 10:17 Répondre

Marielle Franco sempre fascismo nunca mais
😭

Noelle et Philippe D.
avril 20, 2018 at 14:34 Répondre

Merci, merci pour ce récit poignant.
C’était important de pouvoir vous associer à cette tragédie, en partageant tant d’émotion avec nos « frères » Brésiliens. Leçon de vie pour tous…

Affectueuses amitiés.

NOEPHI

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