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Qu’est-ce qui m’a conduite, ce jour-là, alors que je rentrais d’un tour à l’épicerie du village de Mazunte par 35 degrés à l’ombre et sous un soleil de plomb, à lever les yeux du trottoir et à les poser sur cette petite ardoise qui indiquait, tout en bas et sans plus de détail « cérémonial Temazcal à 17h» ?

Le chamanisme est un sujet qui me fascine depuis longtemps, comme toutes les pratiques aidant à se connaître mieux soi-même. Depuis notre arrivée en Amérique du Sud j’ai essayé dans plusieurs pays de creuser l’affaire. Au Brésil puis au Pérou j’ai entendu parler de certaines expériences, mais le moment n’était pas le bon, ou alors l’expérience proposée me paraissait trop touristique, et j’avais peur de revivre le difficile moment du chaman en jogging. Bref, j’avais arrêté de chercher en me disant que ce voyage n’était pas propice à cette découverte-là, qu’il faudrait que je revienne seule un jour.

Dans la maison de Xuxo : « Si tu cherches un chaman, n’attends pas qu’il arrive avec sa magie, mais prépare-toi à la plus grande des batailles : la bataille contre toi-même »

 

Ce jour-là, c’est donc forcément le destin a mis cette pancarte sur mon chemin! Pile au bon moment. Plus tard, le chaman m’expliquera : « Je ne fais pas de publicité. Les gens qui ont vraiment envie de rencontrer ma pratique finissent par me trouver ». C’est ce qui s’est passé. C’est quand j’ai arrêté de chercher un chaman que j’ai rencontré Xuxo et son temazcal.

Ce soir-là, la veille de notre départ de la côte pacifique, je me suis donc retrouvée avec une jeune Mexicaine, Ada, pour notre première cérémonie à toutes les deux. Ce jour-là, l’homme qui va nous guider pendant toute la soirée porte pour tout vêtement un pantalon léger noir, et il a passé un bandeau rouge autour de la tête. Daniel Herrero sans la barbe et les bouclettes. Pour le reste, Xuxo a un visage fin, de grandes oreilles, peu de rides malgré ses 70 ans, et un regard très bienveillant. J’ai de la chance, il parle lentement et distinctement espagnol, je le comprends bien. 

Xuxo nous présente le temazcal. Il s’agit d’une hutte circulaire en briques peintes, où l’on ne peut tenir qu’assis. Les peintures représentent Quetzalcoatl, le serpent à plumes divin des Aztèques, et au-dessus de l’entrée se trouve la Patchamama, la Terre-Mère. Pendant la cérémonie de purification, qui comporte quatre étapes sous forme de « portes » virtuelles que nous allons franchir, une partie de nous va mourir et une autre renaître par la Patchamama.

En face du Temazcal se trouve un foyer. Nous saluons d’abord les 4 éléments, représentés chacun par un artefact concret placé vers un point cardinal ; un bol rempli représente l’eau, un énorme coquillage le vent, des brindilles le feu et un fruit la Terre. Pendant que le feu commence à chauffer les pierres volcaniques, Xuxo nous explique les fondements de la cosmogonie aztèque ; ici tout n’est qu’énergie et équilibre, comme le yin et yang. Chacun a en soi du féminin et du masculin, un pôle positif et un pôle négatif. Tout est question d’équilibre. Et la question principale, celle qui occupe toute une vie, est « Qui suis-je? Quelle est ma véritable essence? Qu’est-ce qui fait de moi celle ou celui que je suis, bien au-delà de mon nom, ma nationalité ou ma profession ? » Vaste programme n’est-ce pas…

Quand nous pénétrons dans le témazcal il fait déjà chaud. On peut s’asseoir comme on veut sur le sol de briques et de terre, mais il ne faut pas croiser les jambes. Les deux pieds doivent toucher la terre. Xuxo ferme les deux ouvertures existantes pour créer une obscurité complète. Il apporte ensuite les premières pierres volcaniques brûlantes tout en chantant d’une voix chaude et gutturale. Nous chantons nous aussi et tapons en rythme sur des tambourins pour saluer la venue des pierres. Pendant la cérémonie, on les appelle nos abuelitas – nos grands-mères. Les pierres sont là depuis des millénaires, elles ont conservé la mémoire de toute l’histoire passée de la Terre, c’est la raison pour laquelle elles sont honorées comme des ancêtres. 

Pendant toute la cérémonie, qui durera près de deux heures, nous avons « avancé» ensemble, mais chacun sur son propre chemin. Dans cette hutte de briques, dans le noir complet et dans une chaleur de plus en intense car de nouvelles pierres brûlantes arrivent lors de chaque passage de porte, et le chaman les arrose avec de l’eau de pluie mélangée à des herbes médicinales pour créer la vapeur aromatique que nous respirons.

Le tamazcal derrière la maison de Xuxo

 

La première porte est celle de la Création. Là, il nous faut reconsidérer notre histoire et réaliser que toutes les expériences que nous avons vécues, qu’elles soient heureuses ou difficiles, font de nous la personne que nous sommes aujourd’hui. C’est aussi le moment de s’ouvrir à ce que l’Univers et la Vie peuvent apporter.

La seconde porte est celle du Coeur, durant laquelle beaucoup d’émotions enfouies ressurgissent. Lors de chaque passage de porte, nous avons inspiré lentement puis expiré très fort, 13 fois à la suite, pour expulser ce que nous voulions ôter de nos vies. Au début un peu « extérieure » et observatrice, je me laisse petit à petit absorber par ce moment hors du temps. Je sens que ne sommes vraiment pas dans un cérémonial à touristes, et je me laisse entraîner. 

Lors du passage de la troisième porte, qui est connue pour être la plus difficile, nous avons aussi hurlé de toutes nos forces – quelque chose qu’on ne fait pas assez dans la vraie vie! C’est la porte de la Volonté, où chacun doit faire surgir son guerrier intérieur. À chacun d’y énoncer ses rêves et ses espoirs et rassembler son énergie. À ce moment-là de la cérémonie, il fait de plus en plus chaud, ça commence à être bien plus dur physiquement, mais le chemin est de plus en plus intéressant. Les chants lancinants et les rythmes des tambours qui résonnent dans le temazcal donnent une ambiance complètement mystique à ce moment. Pour la jeune femme qui m’accompagnait, certains passages de portes ont été bouleversants. Elle a beaucoup parlé de sa famille qui ne la comprenait pas, de paroles récentes qu’elle regrettait d’avoir dites, de son corps qu’elle n’acceptait pas, et cela semblait très profond et très douloureux. Xuxo aussi a parlé des difficultés qu’il rencontrait au quotidien sur son chemin personnel. On peut être chaman, on n’en est pas moins profondément humain. Il a aussi demandé plusieurs fois pardon à la Terre Mère pour tous les dommages que lui font subir les hommes.

La dernière porte est la porte de la Mort. C’est là qu’on laisse nos angoisses les plus archaïques, notre culpabilité et nos regrets, pour renaître délivré de ces fardeaux. J’y ai déposé des peurs anciennes, avec beaucoup de confiance. Pendant toute cette cérémonie je n’ai pas été « transcendée », je n’ai pas été entièrement bouleversée, comme j’aurais pu m’y attendre. J’étais complètement et étonnamment sereine. Mes compagnons de cérémonie ne parlant pas français, je pouvais m’exprimer librement, et parler vraiment à mon « moi » intérieur. Le sentiment qui m’habitait était la gratitude. Gratitude envers la chance incroyable qui m’a permis d’avoir une famille, une éducation, un parcours qui ont fait de moi celle que je suis. Gratitude envers ma bonne étoile qui m’a rendue capable de transformer un rêve en fabuleux projet. Gratitude envers tous les gens que nous avons rencontrés au cours de cette année à travers le monde, qui nous ont changés et nous ont rendus meilleurs. 

Quand nous sommes sortis du temazcal en embrassant le sol pour remercier la Patchamama, il faisait nuit. Au-dessus de nos têtes, au milieu des branchages, on apercevait la lune presque pleine. Nous avons versé des seaux d’eau de pluie sur nos têtes pour terminer la cérémonie de purification. J’ai alors ressenti une énergie vitale très intense, l’impression qu’après ce tour du monde tout était possible, qu’après une cette cérémonie qui concluait si bien notre tour du monde c’est une Caroline allégée, plus sereine, plus confiante et plus forte qui allait rentrer en France. Prête pour continuer la grande aventure qu’est la vie !

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Caroline

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akelwood
août 15, 2018 at 08:30 Répondre

Dans un autre style de l’ascension de Marc, ces épisodes ont en commun un souffle spirituel, c’est formidable d’avoir pu expérimenter ça, Bon retour en France alors…

claveria
août 16, 2018 at 18:03 Répondre

‘Coucou,ravie de vous avoir retrouvé, heureux.je n ai pas vos numéros de portable.voici celui de Lauren De lacour ,mon neveu de Trait tendances.0603027476.au plaisir de vous revoir et faire un twirkle avec Lucas

Odette T
août 22, 2018 at 17:04 Répondre

Très courageux… Magnifique expérience si bien racontée. Extra. Merci à toi et bises.
Odette

Sandrine SL
août 31, 2018 at 11:36 Répondre

Riche de tant de nouvelles expériences et finalement allégée, hâte de te revoir

Noelle et Philippe D.
septembre 14, 2018 at 09:29 Répondre

Bravo, chère Caroline, pour avoir osé tenter cette expérience, qui va t’aider, c’est certain, à reprendre le cours de ta vie nouvelle « d’après le TDM ».

Nous vous espérons tous remplis de courage face au retour à la vie parisienne trépidante et vous embrassons tous en famille.

NOEPHI

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