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Aujourd’hui, c’est Nino le responsable du calendrier. On ne vous en a pas encore parlé, de ce calendrier, mais c’est l’un des éléments clés de notre grand voyage. Aujourd’hui donc, c’est le dernier jour du mois, il faut préparer le mois suivant. Nino prend sa règle, ses crayons et ses stylos, et en tirant la langue, trace 30 cases vides qui annoncent pour sûr de nouvelles journées aussi belles que les précédentes. 

On a eu l’idée de ce calendrier dès les premiers temps de notre voyage. « Quel jour on est? On sera où dans une semaine? Et on dormira où demain? » Voilà quelques-unes des questions qui revenaient systématiquement. Si, pour les adultes, perdre la notion des jours est un vertige délicieux, il est visiblement, pour les enfants, plus compliqué parfois de vivre sans les repères temporels habituels, sans les activités qui rythment la semaine, sans la maîtresse qui écrit la date du jour au tableau. Impossible, quand aucun jour ne se ressemble, quand les saisons se confondent, de ne pas perdre le fil. Voilà comment est né notre calendrier, entièrement fait main. Une page par mois, rien d’original. Avec les dates importantes du mois à venir – les anniversaires, Noël ou l’arrivée de la famille, ainsi que les moments de transit déjà organisés : 28 septembre, avion pour Madagascar – dans 12 dodos! Depuis lors, quand on s’installe pour plusieurs jours dans une auberge, on sort de notre trousse MacGyver notre morceau de Patafix, on affiche sur un mur de la chambre le calendrier -et on le consulte chaque matin. Parfois, le calendrier ne nous raconte pas grand-chose, car on  n’a rien de prévu, pas de programme, aucune journée n’est remplie. Quelle jubilation de voir ces cases vides : tout peut arriver, rien n’est écrit, mais ce qui nous attend est forcément fantastique!

 

Ce matin là, c’est Lucas qui remplit les cases du moins précédent. Car le calendrier ne nous sert pas seulement à anticiper le futur proche, mais aussi à nous rappeler les événements passés. Chaque semaine, l’un de nous « dessine le calendrier ». Une illustration par case, qui représente l’activité du jour. C’est souvent drôle, car on ne choisit pas toujours de représenter LA grande visite de la journée, mais plutôt la petite anecdote qui nous a marqués ; la fois où un lama a craché sur Lucas, le soir où Nino a préparé lui-même le repas de Bobby le chien, le jour où les enfants ont fait les zinzins avec les copines françaises dans les fontaines de Cochabamba. On a renoncé assez vite à obliger les enfants à rédiger leur journal de bord tous les jours ; ils l’écrivent de temps en temps, et à ce moment-là le calendrier sert de disque-mémoire supplémentaire. Après 10 mois de voyage, nous avons 10 grandes pages de calendrier couvertes de cases colorées représentant des lions, des cascades, des trajets en avion, des journées de bus, des après-midis lecture, des balades au milieu de cactus, des coatis qui mangent nos sandwiches… Le calendrier fait partie de nos documents les plus précieux, tous ces dessins si variés sont la mémoire de notre voyage. Avec nos journaux de bord, c’est l’objet que nous craignons le plus d’égarer. Si on perd nos passeports ou nos cartes bleues ce sera la vraie galère, mais on n’aura pas perdu un bout de notre rêve.

 

Pourtant, ce calendrier chéri, on l’oublie parfois. C’est dans ces moments où on lâche tout, on ne veut plus connaître la date, on ne veut plus rien savoir du temps qui passe. En Patagonie, au bout du bout du monde, en plein dans ce rêve éveillé, j’ai perdu la notion du temps. Moi qui sais toujours quel jour on est, j’ai navigué à vue. Le temps se distendait, avec des départs au milieu de la nuit, pour des voyages interminables, pendant lesquels le regard se perd dans les plaines infinies et quand on se réveille on ne sait plus ni où ni quel jour on est. Quel bonheur de perdre le fil…

 

Dans quelques mois, on regardera peut-être les pages de notre calendrier, et ça sera sûrement chouette de revivre grâce à ces dessins tous ces petits moments de vie au bout du monde, mais pour l’instant on ne regarde pas en arrière. On regarde devant, et surtout on regarde maintenant. Et on a remarqué quelque chose d’assez dingue : alors que tout le monde nous avait promis que cette année hors du temps allait passer « super vite », ce n’est pas ce que nous vivons. Un an, quand on travaille 5 jour sur 7, qu’on enchaîne le métro-boulot-dodo, qu’on court dans tous les sens, qu’on « n’a pas le temps », ça file, oui. Mais pour nous, cette année entière à vivre des moments hors du commun, elle n’est pas passée comme un courant d’air. Elle a été aussi emplie que 2, 3 ou 4 années « normales ». Une journée a parfois compté pour un mois, parce que nous l’avons habitée de tous nos sens, cette journée, sans penser à autre chose que ce nous vivions à l’instant. Qu’elles sont denses, qu’elles sont remplies, ces journées de 24 heures pendant lesquelles on découvre ensemble un nouveau pays, on rencontre de nouveaux amis, on dort dans un endroit imprévu, ces journées où l’on réalise la chance qu’on a. Et tous ces jours qui sont moins extraordinaires que d’autres, où l’on écrit des articles, on joue avec des petits chiens, on lit un nouveau roman, on fait des crêpes pour toute l’auberge, on organise le prochain trajet – qu’ils sont riches aussi quand ces moments-là ne sont parasités par rien d’autre – alors on en profite. Des journées vécues pleinement, elles ne passent ni vite ni lentement ; elles passent comme il faut. Avec ou sans calendrier.

 

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Caroline

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Madine
juillet 9, 2018 at 14:30 Répondre

Hâte de voir votre calendrier , véritable BD retraçant votre TDM !
Il ne manque que les jours en espagnol…
Quel va en être le titre ?
Les auteurs sont déjà trouvés: Lucas, Nino et Suzie
Édition 2018
Je suis déjà fan et réservé un exemplaire dédicacé!
Bisous

MalakFamily
juillet 10, 2018 at 04:59

C’est une photo de début d’année. Une fois arrivés en Amérique du Sud on a effectivement ajouté les traductions espagnoles !

Les Bertos Caragol Trip
juillet 9, 2018 at 21:47 Répondre

Quelle bonne idée!! Super chouette, et quand les enfants le reverront bien plus tard dans leur vie ce sera génial! Si vous avez peur de le perdre (ce que je comprends à 200% car nous c’était pareil avec notre cahier des rencontres: photo + petit mot écrit par les gens rencontrés), pourquoi ne pas le scanner si vous en avez la possibilité, au moins s’il arrivait quelque chose vous pourriez le ré-imprimer 😉.
Bonne continuation!

MalakFamily
juillet 10, 2018 at 04:58

exactement, on a pris en photo nos calendriers régulièrement… super idée le cahier de rencontres on a rencontré des voyageurs qui en avaient un, on en emmènera un pour le prochain TDM 😉 Merci de nous suivre !

Hélène
juillet 10, 2018 at 00:09 Répondre

Super article ! Merci pour l’idée que je retiens pour notre départ tout proche !!! Ça me rassure aussi sur le temps qui passe, car tout le monde nous dit que 11 mois vont passer très vite. C’est aussi pour ça qu’on souhaite faire du slow travel…

MalakFamily
juillet 10, 2018 at 04:57

Oui, vraiment sur 11 mois rien ne sert de se presser… très bon voyage à vous !

Marion Mayette
juillet 11, 2018 at 15:09 Répondre

Quelle merveilleuse idée… en lisant cet article, ni vite, ni lentement, en le savourant, je souris d’émotion… vous vivez une parenthèse hors du temps et vous en dessinez chaque instant.
Moi je vous dis bravo, tout simplement. <3

Noelle et Philippe D.
juillet 14, 2018 at 14:46 Répondre

Excellente, cette idée du « calendrier »qui vous suit pas à pas, un fil conducteur pour revivre, sur le long terme, toutes ces émotions partagées à fond !

Félicitations et beaucoup de bisous !

NOEPHI

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