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Disons-le tout de suite : oui, les chutes d’Iguaçu sont des lieux très touristiques. Sur certains points de vue, particulièrement côté brésilien, il faut être fort habile pour éviter de se voir sa photo gâchée par une perche à selfie. Mais il est possible de profiter de cet endroit unique au monde. Avec Nino, on y est arrivés, en appliquant notre technique favorite.

Voilà comment on a fait : on a marché plusieurs heures dans le parc national argentin d’Iguaçu, montant de plus en plus vers le sommet des chutes. On a traversé la rivière Parana, toute calme en amont des chutes, tellement calme qu’on a du mal à imaginer le fracas qui va arriver.

Sur la passerelle
Avant d’arriver au bout de la passerelle, la Garganta s’entend déjà

On est arrivés au bout du bout de la passerelle, au-dessus des fameuses Garganta del diablo, les gorges du diable qui bouillonnaient devant nous. Un des endroits les plus impressionnants d’Iguaçu, du côté argentin tout du moins. On a attendu que la grande famille de touristes près de nous ait fini sa série de portraits. On s’est accoudés à la barrière. Et on a fermé les yeux.

 

On s’est concentrés d’abord sur ce qu’on sentait, en inspirant très longtemps par le nez et en expirant de la même façon. On a senti l’odeur fraîche de l’eau et celle… de la chaleur (oui oui, là-bas, la chaleur a une odeur, lourde et moite), le parfum des grandes herbes vertes qui parviennent à pousser sur les rochers au milieu de l’eau, puis plus loin nos narines ont distingué les exhalaisons terreuses de la forêt tropicale.

Ensuite on s’est attardés sur notre peau, et sur ce qu’elle ressentait : depuis notre arrivée, on était littéralement au milieu d’un brumisateur géant, qui nous arrosait gentiment, de façon continue. Parfois une vague d’embruns plus puissante que les autres nous fouettait vigoureusement le visage. D’un seul coup, on a carrément reçu une douche de brouillard qui nous a trempés! On a été surpris, on a rigolé ensemble, mais on n’a pas ouvert les yeux. Ces millions de gouttelettes, elles font un bien fou. Parce que derrière les gouttelettes, il y a la chaleur humide d’Iguaçu, dense, étouffante. En goûtant notre peau, on y a trouvé un mélange de transpiration salée et de crème solaire qui dégouline. En tirant la langue, on a attrapé de ces gouttelettes toutes fraîches qui dansaient autour de nous et qui avaient un goût de liberté sauvage.

Puis, les yeux toujours fermés, on a écouté de toutes nos oreilles. On a d’abord entendu le guide chinois qui organisait la photo de tout son groupe, et les jeunes Hollandaises qui préparaient leurs duck faces en rigolant. Mais derrière ces sabires auxquels on ne comprenait goutte, on s’est concentré sur LE bruit. Celui pour lequel on était venus jusqu’ici. Celui qu’on percevait depuis le début de la journée, lancinant, continu, de plus en plus fort à mesure qu’on s’approchait des chutes. Ce bruit d’eau absolument assourdissant – d’ailleurs les employés du parc qui travaillent au plus près des chutes portent en permanence des bouchons d’oreille. On s’est laissé avaler par ce bruit, on se serait cru dans une machine à laver puissance 1000, ou dans une turbine géante qui ne s’arrêterait jamais et qui broierait tout ce qui passe. Ça tourne, ça tourne, ça tourne là-dedans, et dans les oreilles. Au bout d’un moment, on s’est senti un peu abrutis par le vacarme. Alors maintenant on a ouvert les yeux, ensemble.

Et là, tous les sens en éveil, on a redécouvert ce gouffre infernal, en mesurant l’énormité du spectacle qui se tenait devant nous. La machine à laver est gigantesque, elle brasse des tonnes d’eau à tour de bras, ça bout là-dedans, ça tourne, ça tourbillonne, ça peste et ça tempête ! L’eau tombe du précipice, et les gouttes se cognent les unes aux autres, elles rebondissent, elles jaillissent de partout, comme si des boulets énormes jetés par un géant généraient des explosions sans fin dans cette marmite gigantesque. On s’est penchés doucement… il n’y avait que du blanc, partout ; de l’écume et encore de l’écume. Plus bas, tout est gris, on ne voit pas le fond du gouffre, personne ne le peut! 80 mètres de chutes d’eau à pic dont on ne devine rien ou presque. La vapeur d’eau créée par les chutes est telle qu’elle forme un immense nuage sous nos pieds, qui rend le tout encore plus impressionnant… et diabolique. Et en même temps, de ces champignons d’eau qui explosent naît la couleur ; un arc-en-ciel plein d’espoir au milieu de la furie, le mariage de la lumière et de l’eau.

Voilà. On n’a pas eu besoin de plus de 5 minutes, on n’a pas eu besoin d’être seuls au monde, et on a ressenti à notre façon le Garganta del Diablo. On n’est pas passés à côté de cet endroit unique. On se souviendra de ce moment spécial très longtemps, et à chaque fois que Thalassa diffusera un reportage sur les chutes d’Iguaçu, on revivra toutes ces sensations. C’est notre technique à nous pour profiter – tant pis si, autour, les gens nous trouvent un peu mystiques, les yeux fermés et la langue tendue pour goûter à l’eau. Cette technique marche pour tout et partout, alors on l’utilise de plus en plus souvent.

Si vous l’essayez un jour, racontez-nous. 

Les gorges du diable

PS : d’autres photos sont à la fin de notre première gazette d’Argentine

L’arc-en-ciel
Les gorges du diable vues d’en face, depuis le Brésil

 

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caroline

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Lucy
mars 24, 2018 at 09:41 Répondre

Uaou ! Géniale ta façon de sentir et raconter la Garnganta do Diabo ! Cela m’a fait tant de souvenirs… J’ai beaucoup attendu de vos nouvelles du nouveau monde, ça y est. Je vais maintenant aller à min cours de zumba et je penserai à vous en dansant Despacito hahahaha

Noelle et Philippe D.
mars 24, 2018 at 16:03 Répondre

Effectivement époustouflantes ces chutes d’ Iguaçu, que nous n’avons, hélas, jamais eu la chance de « goûter »…

Quelle merveilleuse façon d’approcher ces joyaux naturels et quel rendu exceptionnel de vos sensations ! Merci !
Bravo pour le cliché des « Gorges du Diable », depuis le Brésil et vos sourires arrosés, en- dessous !

Nous avons un souvenir plus modeste des chutes Victoria au Zimbabwe, avec également une belle randonnée alentour mais un spectacle moins impressionnant, en liaison avec une saison moins propice, peut-être.

Et maintenant, partez « goûter » la Baie de Rio ! Un régal ! Nous y étions il y a 8 ans, en Mars. NOEPHI

sylvie Risoul
mars 24, 2018 at 20:34 Répondre

Quelles belles chutes impressionnantes et sensations! A vivre intensément.

Fs et Fse
mars 24, 2018 at 23:01 Répondre

Belles aventures sud-américaines … sensations fortes, rencontres … profitez!

Bisous de Fs et Fse

Mamou
mars 27, 2018 at 17:17 Répondre

Ah! Ces fameuses chutes d’Iguazu dont je vous tant vanté la beauté! l’émotion ressentie en se faisant asperger est indescriptible mais Caro tu es encore arrivée à me faire vivre ces intenses moments…Merci!!

Marion mayette
avril 9, 2018 at 15:29 Répondre

Une vraie expérience sophro ! Et partagée en famille, et si génialement partagée avec nous ! Merci Caro de nous avoir glissés l’espace de quelques lignes entre vous, avec vous, sur la passerelle. C’est délicieux la liberté
Promis on vous donnera nos impressions 😉
Grosse bise à tous

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