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68 millions d’années. C’est peu ou prou l’âge de l’empreinte de théropode qui se tient devant nous. On commence à avoir l’habitude des traces de dino, car les montagnes boliviennes recèlent des trésors qui se révèlent au fur et à mesure de l’érosion. Mais on n’est pas encore blasés. À chaque fois, on imagine ce qui s’est passé quand ces grosses pattes se sont enfoncées dans la boue d’alors : est-ce que ce carnivore bipède courait après une proie herbivore? Est-ce lui qui se faisait courser par un plus gros que lui? Où allaient tous ces quadrupèdes qui semblaient avancer en troupeau, après d’être désaltérés dans le lac qui se trouvait sous nos pieds ? Et on se répète ce chiffre un peu virtuel. Ces traces, découvertes seulement au siècle dernier, qui sont maintenant presque à la verticale sur des couches relevées au fil des millénaires par les mouvements des plaques terrestres, ont SOIXANTE-HUIT MILLIONS d’années. On le sait, que les montagnes sont vieilles, on l’apprend en cours de sciences au collège. Mais là on voit la trace d’un être qui a vécu à l’époque du crétacé. Ça donne un peu le vertige. Et ça génère plein de réflexions en nous.

Depuis le début de notre voyage on a eu souvent l’occasion de réfléchir sur l’état de notre planète. On a vu des paysages d’une beauté à couper le souffle, sur lesquels l’Homme n’a aucune prise. On a vu des endroits arides, bruts, qui nous ont fait prendre conscience de l’âge de la Terre. En Australie, en Amérique du Sud, on a eu l’impression de marcher sur la croûte de notre bonne vieille planète, de caresser ses plis et ses rides en traversant des canyons, en grimpant des montagnes aux couches apparentes comme les pages d’un grand livre ouvert. On l’a vue respirer dans les volcans et les geysers de Nouvelle-Zélande, on a vu ses cicatrices, tous ces endroits où elle a saigné. On a vu ce glacier majestueux qui ne recule pas, qui est là depuis bien avant l’apparition des hommes sur la Terre. On n’a jamais autant parlé de notre planète avec notre cousine géologue que depuis le début de notre voyage, dans une passionnante correspondance. On a regretté de ne pas avoir mieux écouté en cours de géologie à l’époque, mais finalement l’expérimentation – même après 40 ans – c’est ce qui marche le mieux. Et ce qu’on se dit de plus en plus, en marchant et en roulant sur cette planète, c’est qu’elle est belle, et surtout sacrément solide. Et qu’elle sera là bien après nous.

En voyant les bouteilles de soda jetées par les fenêtres des voitures en Bolivie, les sacs en plastique qui bouchent les rivières à Bali, les montagnes de déchets entassés dans les rues de Madagascar, la terrible pénurie d’eau en Afrique du Sud, le climat qui se dérègle à San Pedro de Atacama, les koalas qui disparaissent à cause de la déforestation en Australie, on se dit qu’on court à la catastrophe, qu’il faut plus que jamais tout faire pour diminuer la pollution et ralentir le réchauffement climatique, que ça devrait être une priorité de tous les gouvernements pour de vrai. Mais maintenant on sait que ce n’est pas pour « sauver la planète » – elle n’a pas besoin des hommes, la planète. C’est pour nous sauver, NOUS, les humains. Nos enfants, nos petits-enfants, nos arrière-arrière-arrière-arrière-petits-enfants. Et tous les magnifiques animaux, petits ou grands, qu’on a croisés et admirés sur notre route, dans leur habitat naturel. La Terre, elle, sera très probablement là encore dans 10 000 ans. Notre espèce – et plein d’autres avec elle – c’est moins sûr si nous continuons à polluer les airs, les sols et les mers et à faire disparaître les abeilles. Sinon, dans bien moins que 68 millions d’années, ce seront les traces de NOTRE espèce disparue que les futurs habitants de la Terre découvriront sur les murs…

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Sandrine SL
juin 30, 2018 at 14:38 Répondre

Course contre la honte https://g.co/kgs/p6hcSW
Bisessssd

Armelle
juillet 5, 2018 at 23:13 Répondre

C’est ça qui est bien avec la géologie ça s’insinue en nous à tous âges… 😉 Petit lien pour illustrer ce que vous écrivez: https://margealton.tumblr.com/post/173512710969/naturedoesntneedpeople

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